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Les cuivres sont des instruments à vent. Ils se distinguent des bois non pas parce qu’ils sont en cuivre (la plupart sont d’ailleurs en laiton), mais par la manière dont est produit le son : alors que, chez les bois, c’est une partie de l’instrument qui est à l’origine du son (le biseau de la flûte, l’anche de la clarinette,...) pour les cuivres c’est l’instrumentiste lui-même qui produit le son en vibrant les lèvres. De ce fait, on peut trouver de grandes similitudes entre la technique des cuivres et celle du chant, sauf que les cordes sont chez les uns les lèvres, et chez les autres les cordes vocales.
Ainsi Sylvie (S. Bonnet, Commission fédérale de chant choral) nous apprend à chaque rencontre deux mots : la bouche et le bikini ! Ne changez rien pour les cuivres, on joue avec les mêmes éléments mais de manière plus ample et plus dynamique. Cependant, pour jouer d’un cuivre, il n’est nul besoin d’avoir des capacités pulmonaires surdimensionnées ! D’ailleurs, le terme d’instrument « à vent » est erroné : il n’y a pas plus de vent qui sort d’une trompette que de la bouche d’un chanteur !
Un exemple pour mieux comprendre le parallèle : Sylvie insiste à chaque rencontre pour qu’on lâche le « kiki » (comprenez le larynx). De même, chez les cuivres, la tendance est de jouer « sur les lèvres », en appuyant sur l’embouchure (en général ce n’est pas très beau et ça fait bobo). Tout le travail de l’instrumentiste va donc être de rechercher une tenue de l’air, une solidité du masque et la recherche des résonances loin dans la tête (comme pour le chant) afin d’obtenir un son joli, confortable et facile.
Selon la définition que j’ai donné au début, tout corps présentant la forme d’un tube et pouvant servir de résonateur à la vibration des lèvres est un cuivre. Inutile de préciser dans ce cas que cette manière de jouer remonte à la nuit des temps, qu’il s’agisse de vibrer dans une conque ou dans un tube de bois (le didgeridoo des aborigènes australiens par exemple).
Ces instruments ont très vite été adoptés comme moyen de communication sur de longues distances, face à de grandes foules, et donc à la chasse ou à la guerre (certains de nos instruments ont encore cette fonction comme le clairon ou la trompe de chasse). Les cuivres en métal les plus anciens qui ont été retrouvés datent du IIe millénaire avant J.-C. Ce sont des leurs de l’âge de bronze. Et jusqu’au XVIIIe siècle la technique de fabrication et de jeu n’a quasiment pas changé, comme l’attestent les reconstitutions d’instruments anciens (notamment en France des trompettes gallo-romaines). Au Moyen Age, on distinguait trois instruments : la trompette (buccin), le cor et la sacqueboute, ancêtre du trombone qui, de tous nos instruments européens, fait partie de ceux qui ont le moins évolué... Parce que (presque) parfaits dès leur origine. Un autre instrument, aujourd’hui quelque peu oublié, fit à cette époque son apparition. Un instrument en bois, avec des trous comme sur une flûte à bec, mais à embouchure : le cornet à bouquin, instrument très prisé jusqu’à la fin du XVIIe siècle, et que je vous invite vivement à (re)découvrir.
Petite parenthèse technique : si vous avez déjà eu la bonne fortune de vibrer vos lèvres dans une trompette, un cor, ou tout autre cuivre, vous aurez très vite constaté qu’on ne peut y jouer la note qu’on veut mais seulement quelques-unes. Ces notes, dont le nombre varie selon l’instrument (ce sont les notes que peuvent faire notre clairon ou notre trompe de chasse) s’appellent « harmoniques » (ceux qui ont la fibre scientifique se feront la joie d’étudier ces bestioles-là).
Jusqu’aux années 1750, on s’en contentait largement, la trompette baroque ayant même atteint son apogée tant en notoriété qu’en virtuosité (écoutez le 2e concerto brandebourgeois de Bach, le concerto pour 2 trompettes de Vivaldi, ou la musique pour les feux d’artifice royaux de Haendel ; attention, la plupart des concertos joués par Maurice André (Albinoni, Telemann,...) sont destinés au hautbois !!!).
Mais durant la deuxième moitié du XVIIIe siècle, la trompette connut une vraie période de crise, plus ou moins au profit du cor qui acquit ses lettres de noblesse (Mozart : cinq concertos pour cor, aucun pour trompette). C’est à cette époque que l’on voulut rendre les cuivres chromatiques, c’est à dire leur donner la capacité de jouer toutes les notes de la gamme. Alors que les cornistes utilisaient la technique du bouchage (la main dans le pavillon qui permet de baisser les notes), on développa plusieurs mécanismes pour la trompette, comme le mécanisme à clefs (celui de la clarinette ou du saxophone). C’est pour ce type de trompette qu’ont été composés les deux concertos les plus célèbres du répertoire : celui de Haydn (qui est peut-être son oeuvre la plus célèbre) et celui de Hummel (qui est peut-être son unique oeuvre célèbre).
Mais c’est finalement le mécanisme à pistons, inventé et perfectionné au XIXe siècle qui fut retenu, et finalement adopté par tous les cuivres, sauf le trombone (ne me forcez pas à redire qu’il était déjà parfait, merci). La technique en est simple : le piston fait dévier l’air dans une coulisse, rallongeant le chemin parcourut par celui-ci, ce qui a pour effet de baisser la note. Les différentes combinaisons des pistons sur les différentes harmoniques permettent de couvrir trois ou quatre octaves selon l’instrument (voire plus : écoutez Arturo Sandoval à la trompette).
Le XIXe siècle, avec l’invention du piston, a vu la naissance d’une multitude de cuivres dont beaucoup (comme le cornophone ou le sudrophone) sont tombés dans l’oubli.
Le tuba reste le plus connu et le plus employé : « De nos jours, plusieurs dénominations s’entrecroisent. Cela génère une certaine confusion et une réelle difficulté à comprendre les différences entre les diverses formes d’instruments. De nombreuses variations de termes sont usitées selon l’origine géographique, historique ou le point de vue de l’utilisateur. Aucun système normalisé ne permet à ce jour de satisfaire le plus grand nombre. »
Certains sont encore fréquemment utilisés dans certains orchestres. Citons : la famille des saxhorns dont le bugle est issu (je vous renvoie au film Les Virtuoses (Brassed Off en anglais) de Mark Herman avec Ewan McGregor entre autres. Ce film à pour sujet les Brass band (rien à voire avec les Big band de jazz)), le cornet à pistons (Carmen de Bizet, Petrouchka et l’Histoire du Soldat de Stravinsky), l’euphonium (Bydlo dans les Tableaux d’une exposition de Moussorgski orchestré par Ravel), l’hélicon de Boby Lapointe utilisé par les cavaliers de la garde républicaine et son homologue américain le sousaphone,...
Certains ont été créés pour des occasions uniques : c’est le cas des fameuses trompettes d’Aïda !
Mais la famille des cuivres compte aujourd’hui 4 instruments principaux, chacun pouvant être décliné en plusieurs membres. Il s’agit du cor d’harmonie, appelé aussi cor français (cocorico !), la trompette, le trombone et le tuba. Il serait trop long et trop fastidieux de présenter en détail chaque instrument. Je vous invite à consulter les différents articles les concernant sur Wikipedia par exemple.
L’invention du piston a été la plus grande évolution qu’aient connue les cuivres depuis le deuxième millénaire avant J-C. Cette évolution (on peut même parler de révolution) a été telle que leur technique de jeu s’en est trouvée bouleversée ; en fait, les cuivres tel que nous les connaissons aujourd’hui, n’ont que deux siècles d’existence ! De fait, ils peuvent aujourd’hui jouer tous types de musique dans tout type de formation, et leur récente évolution en fait des instruments résolument modernes. Hélas, cette évolution tardive nous fait manquer cruellement de répertoire, ce qui est compensé par de très nombreuses transcriptions. Les cuivres ont maintenant quitté leur cadre militaire (évolution qui s’est amorcée depuis). En quatuor, en quintette, ou en Brass band, ils perdent leur images d’instruments virils et machos, et intéressent de plus en plus les filles ! (Voyez la tromboniste JoDee Davis et la trompettiste Alison Balson, ou lorsque cuivres rime avec grâce et élégance).
En France, le trompettiste Maurice André a insufflé une nouvelle manière de jouer, tout en élégance et en virtuosité. Bien sûr, le trombone et la trompette ont pris des lettres de noblesse avec le jazz. Citons Louis Armstrong, Glenn Miller, Miles Davis ou Dizzy Gillespie. Mais saviez-vous que le tuba y est également largement utilisé ?
Benoît DOMEJEAN (CF Chant choral)
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