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Jean-Paul le Guénic a reçu pour sa pièce intitulée « Recrutement », la récompense d’assister à deux spectacles du « In » au Festival d’Avignon. Il nous raconte son périple :
« Je ne connaissais pas Avignon jusqu’à ce 8 juillet 2011. Ni la ville, que je n’avais jamais visitée, ni le festival de théâtre, auquel je ne m’étais pas rendu… On peut aimer le cinéma sans aller à Cannes, et donc aimer le théâtre sans aller à Avignon. Evidemment… Enfin, ça c’était avant « Vive…les auteurs ! ».
Pendant trois jours, mon épouse et moi, nous nous y sommes plongés… c’est bien le mot… car Avignon vous enveloppe, Avignon vous enrobe… Vous entrez dans une parenthèse. Dès l’arrivée dans la ville, c’est soleil, chaleur, foule et affiches… Des affiches partout, des affiches sur les murs, sur les grilles, sur les poteaux… Plus un cm2 de libre… les rues sont dédiées au festival et au bout de quelques minutes, vous avez déjà parlé et souri à plein d’inconnus.
Vous avez croisé, suivi ou précédé des groupes du « off » qui rivalisent d’imagination pour promouvoir leur spectacle. Ils sont un ou plusieurs, « gens de théâtre » qui tractent avec talent pour retenir un peu de votre attention. Ils tentent de vous arracher une promesse de vous rendre à leur spectacle en vous répétant, comme un leitmotiv, l’heure et l’endroit où ils se produisent… Comme cela ne suffisait pas, vous vous rendez dans la maison du « in » où 40 spectacles vous attendent puis dans celle du « off » où il y en a 15 fois plus !!! Le « off » d’Avignon, c’est l’épaisseur de l’annuaire d’un petit département français !
Alors, on s’assoit à une terrasse de café et là, la question vertigineuse, quasi existentielle du festivalier se pose : Que voir, que choisir, que faire ? Voilà, Avignon les deux premières heures, c’est à peu près ça !
Deux spectacles du « in » nous étaient offerts… Notre choix s’était porté sur « Le suicidé » du russe Nicolaï Erdman et sur « La paranoïa » de Rafael Spregelburd. Précisons que ce choix n’avait rien à voir, heureusement, avec notre état psychique et mental du moment… Je ne vais pas vous faire le pitch des deux pièces mais je retiendrai « Le suicidé » et la mise en scène de Patrick Pineau pour une vingtaine de personnages (dont lui-même dans le rôle principal), dans un lieu extraordinaire (une carrière à ciel ouvert à quelques kilomètres d’Avignon), et dans des décors d’appartements-boîtes à chaussures qui nous emmènent directement dans la Russie des années 20.
« Le suicidé » ou comment raconter une tragédie politique, sociale et humaine sur le ton de la farce et parfois du burlesque avec cette forme d’écriture russe, si particulière, à la fois chantante et solennelle… J’ai adoré ! « La paranoïa », mise en scène par Marcial di Fonzo et Elise Vigier, jouée par la troupe de théâtre rennaise des Lucioles, raconte l’acte créatif d’une fiction. Là, on suit, on s’étonne, on se perd parfois et on se retrouve… C’est contemporain et plaisant !
Nous avons réussi tel deux marathoniens à faire en plus, sept spectacles du « off ». Trois ont retenu particulièrement notre attention. Un petit bijou d’écriture, celle de Jean Luc Lagarce (C’est fou comme ce garçon avait du talent !) magnifiquement joué par Laetitia Mazzoleni dans un monologue « Les règles du savoir-vivre dans la société moderne » au Théâtre des Carmes. Une écriture pleine d’émotion et d’intimité avec des jeunes talents prometteurs, en particulier Arnaud Kneisky dans « Pour un oui ou pour un non » de Nathalie Sarraute au Théâtre du Vieux Balancier.
Enfin, un spectacle génial de Gérard Pinter au Théâtre du Palace : « Hé Hop Hé Opéra », hommage « complètement » esthétique et complètement déjanté à l’art lyrique… C’est peut-être le spectacle qui m’a le plus ravi…
Enfin, Avignon, c’est aussi sa vieille ville, son Palais des Papes, ses places, ses vieilles rues, son pont, évidemment. Pendant le festival c’est un lieu qui respire le théâtre, qui inspire le théâtre. L’ambiance est « généreuse », on partage. Les artistes connus côtoient les anonymes. Les « amateurs » ne le sont, pour la plupart, que par leur statut, tant certaines prestations sont remarquables… Le talent est partout.
Enfin pour terminer, je suis auteur et j’ai ressenti Avignon aussi comme tel. Nous sommes en août et je viens de terminer l’écriture d’une nouvelle pièce à trois personnages commencée début juillet. Elle s’appelle… « Le comédien ».
Merci Avignon !
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